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Épisode 4 : Le démon de Puteaux

Nous nous retrouvons pour un quatrième épisode de la série « Frissons aux archives » dans laquelle nous vous racontons des histoires horrifiques inspirées de faits réels, d’enquêtes et légendes qui ont eu lieu à Puteaux. Ce quatrième épisode raconte le récit d’Eléonor Salingue aussi surnommé « Nonor » ou « le démon de Puteaux ».

Résumé

 Eléonor Salingue est le chef de la « bande à Nonor ». C’est un jeune homme perturbé qui a une adolescence compliquée. En 1909, alors qu’il n’a que 17 ans, il devient chef de gang et terrorise l’Ouest Parisien en s’inspirant des techniques des Apaches de Paris. Il est à la tête d’un groupe de jeunes délinquants qui usent de la violence pour voler. Nonor est très vite rattrapé par sa schizophrénie et devient très violent. Il est notamment connu pour une attaque de tramway durant laquelle il fait plusieurs blessés dont un enfant de 5 ans. Les forces de l’ordre poursuivent la bande et arrivent à arrêter tous les membres sauf Nonor qui leur échappe. Finalement, ils arrivent à l’attraper dans un quartier du bas de Puteaux. Après son procès, Eléonor Salingue échappe à la guillotine et il est reconduit à l’hôpital psychiatrique.  

Contexte historique

La violence à la Belle Epoque

Durant la période de la Belle époque, la violence est quotidienne. Elle fait les choux gras de la presse qui s’en donne à cœur joie. Ce phénomène fait suite à un contexte particulier. En effet, l’industrialisation a fait augmenter la population dans les villes et la précarité d’une partie de cette population ouvrière. Au sortir de la Révolution française, l’instabilité politique est encore présente à cause des nombreux changements de régime politique au XIXe siècle. Les Révolutions de 1789, 1830 et 1848 ont été le fruit du travail de nombreux jeunes officiers qui ont été propulsés aux plus hautes fonctions de l’État. La notion d’adolescence, au sens biologique et social du terme, est théorisée par les médecins au milieu du XIXe siècle mais n’entre pas dans les mœurs du grand public avant la Première Guerre mondiale.[1]

Les Apaches

Cândido, ARAGONES DE FARIA, « Les Apaches de Paris : [affiche] », Pathè frères, 1905

Ce terme popularisé par la presse de l’époque et notamment Le Petit Journal en 1902 lors de l’affaire du Casque d’Or, désigne un jeune homme marginalisé, sans emploi, appartenant à la classe ouvrière entré en délinquance. Le terme est utilisé pour décrire une violence barbare rappelant l’apache dans les imaginaires de l’époque. Les bandes d’Apaches sévissaient dans les grandes villes de France et constituaient une forme de contre société avec sa hiérarchie, son langage et ses codes. Ces bandes étaient reconnaissables à leurs vêtements : la casquette, la chemise sans col, la veste cintrée ou le bourgeron bleu. Néanmoins, chaque bande qui avait son propre territoire, avait aussi ses couleurs distinctives. Cette figure de l’apache se cristallise dans la presse et ces bandes forment une pègre urbaine française agissant la nuit pour voler et agresser les bourgeois.[2] Les bandes d’Apaches sont très peu organisées mais se rassemblent autour d’un chef qui se démarque des autres par sa force, son courage ou son rôle de « vétéran ». Il est d’autant plus respecté s’il a fait de la prison.[3]

Le coup du père François

Popularisé par les bandes d’Apaches de Paris, cette prise de jiu-jitsu que nous pouvons retrouver dans notre histoire s’effectue en plusieurs étapes : « le malfaiteur s’approche traitreusement de sa victime, par derrière, ou l’ayant croisée en chemin, se retourne brusquement lorsqu’il l’a dépassée et lui lance autour du cou un foulard, une corde ou une ceinture qu’il tient préparé. Dès que cette sorte de lasso a atteint son but, l’agresseur se retourne sur lui-même, fait passer les extrémités de son lien sur une de ses épaules, se courbe en avant et force ainsi sa victime, dont le dos touche le sien, à quitter le sol en se renversant en arrière. A ce moment un complice accourt ; il laisse « le client » se débattre quelques secondes, puis, lorsque, suffoqué, celui-ci a commencé à perdre connaissance, il procède à une exploration de ses poches. »[4]

Les Faits-divers illustrés : les événements les plus récents, les romans les plus célèbres, [s.n.] (Paris), 17 octobre 1907, gallica

Pour aller plus loin

La police dans les villes

Pour répondre à cette violence et cette délinquance juvénile, les forces de l’ordre sont réorganisées par Louis Lépine, nommé préfet de police en juillet 1893 à Paris. Son autorité dépasse celle de Paris puisqu’il influence aussi les polices municipales et la Sûreté générale qui œuvrent sur le reste du territoire. Il est à l’origine d’un mouvement de modernité de la police. A cette époque, l’efficacité des forces de l’ordre est entravée par les querelles internes et le manque de moyens à leur disposition, même la communication est quasi inexistante jusqu’au XXe siècle. 

Portrait du préfet de police Lépine (1846-1933) par l’Agence Meurisse, 1912, gallica 

C’est pourquoi, il cherche à réorganiser ces services : il réduit les attributions de la police municipale, professionnalise le métier de gardien de la paix en structurant les carrières et créé la position de directeur de la police placé directement sous l’autorité du préfet entre 1887 et 1889. Il créé aussi de nouveaux services comme « la brigade criminelle » véhiculée d’automobiles en 1912.[5] Des brigades cyclistes sont créées quant à elles en 1904. Elles permettent de pouvoir quadriller un territoire étendu et de faire circuler l’information dans des villes denses et peuplées.[6]

De la même manière, en 1907, la police se munie de chiens de police alors que ce concept se répand dans le nord de l’Europe. Ces chiens sont entraînés pour soutenir la police et des concours canins de chiens de défense sont même organisés. Ces brigades de chiens sont utilisées dans les quartiers les plus dangereux et boisés. L’usage de chiens permet d’instaurer une forme de peur du côté des criminels et notamment du côté des Apaches qui se révélaient immunisés contre la police.[7] La même année est nommé à la tête de la Sûreté générale le commissaire de police Célestin Hennion qui réforme la police à son tour. Il crée le contrôle général des services des recherches judiciaires (ancêtre de la police judiciaire), le fichier de police criminelle et même l’identité judiciaire.[8]

La justice juvénile

C’est seulement vers la fin du XIXe siècle, que l’enfant, celui qui n’est pas adulte, entre dans le droit, et ce, longtemps après la création des quartiers réservés aux enfants dans les prisons en 1817. En 1840, les colonies pénitentiaires, ancêtre des maisons de correction sont créées pour pallier le manque d’infrastructure pénitentiaire infantile. Ainsi, à partir de 1906, les peines contre les 16-18 ans sont allégées puisqu’ils ne sont plus jugés comme des adultes dans des tribunaux qui leurs sont réservés : les tribunaux spéciaux pour enfants et adolescents créés en 1912.[9] De plus, le service militaire sert pour beaucoup de moyens de mettre à profit ces jeunes gens qui démontrent un penchant pour la violence au service de la société.[10]

Nous espérons que vous aurez apprécié cet épisode et n’hésitez pas à nous suivre sur votre plateforme d’écoute favorite pour de nouvelles aventures !

Sources

La Lanterne, 28 décembre 1909, https://www.retronews.fr/journal/la-lanterne-1877-1928/28-decembre-1909/62/1060301/2

La Lanterne, 29 décembre 1909, https://www.retronews.fr/journal/la-lanterne-1877-1928/29-decembre-1909/62/1060279/3

La Lanterne, 30 décembre 1909, https://www.retronews.fr/journal/la-lanterne-1877-1928/30-decembre-1909/62/1060299/3

La Lanterne, 4 janvier 1910, https://www.retronews.fr/journal/la-lanterne-1877-1928/4-janvier-1910/62/1046655/3

Le Journal, 25 décembre 1911, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76224435/f1.item.r=(prOx:%20%22puteaux%22%2010%20%22nonor%22).zoom

Le Petit Journal, 25 décembre 1911, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6195799/f1.item.r=(prOx:%20%22nonor%22%2010%20%22puteaux%22).zoom

Bibliographie

AMBROISE-RENDU, Anne-Claude, Crimes Et Délits : Une Histoire De La Violence De La Belle Époque à Nos Jours, 2013, URL : https://www.numeriquepremium.com/doi/abs/10.14375/NP.9782847361674

CHAPPET Didier, « Casque d’Or et les Apaches | Le blog de Gallica », 2018, URL : https://gallica.bnf.fr/blog/08012018/casque-dor-et-les-apaches?mode=desktop

DELUERMOZ, Quentin, Policiers dans la ville : La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914), Paris : Éditions de la Sorbonne, 2012, URL : http://books.openedition.org/psorbonne/1558

PECHARD Charles, « Le jiu-jitsu pratique : moyen de défense et d’attaque enseignant 100 moyens d’arrêter, immobiliser, terrasser, conduire ou emporter un malfaiteur, même armé / par Charles Péchard,… | Gallica », 1906, URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k132691s/f146.item.r=%22coup%20du%20p%C3%A8re%20Fran%C3%A7ois%22

PERROT Michelle, « Dans le Paris de la Belle Époque, les « Apaches », premières bandes de jeunes », La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2007/1 (n° 67), p. 71-78, URL : https://www-cairn-info.ezproxy.universite-paris-saclay.fr/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2007-1-page-71.htm

PIERRET Régis, « Apaches et consorts à l’origine des tribunaux pour enfants », Vie sociale, 2013/4 (N° 4), p. 79-96, URL : https://www-cairn-info.ezproxy.universite-paris-saclay.fr/revue-vie-sociale-2013-4-page-79.htm

WINOCK Michel, « 9. Hors la loi », La Belle Époque, sous la direction de WINOCK Michel, Paris, Perrin, « Tempus », 2022, p. 205-221, URL : https://www-cairn-info.ezproxy.universite-paris-saclay.fr/la-belle-epoque–9782262101282-page-205.htm


[1] AMBROISE-RENDU, Anne-Claude, Crimes Et Délits : Une Histoire De La Violence De La Belle Époque à Nos Jours, 2013, pp. 53-54.

[2] AMBROISE-RENDU, Anne-Claude, Crimes Et Délits : Une Histoire De La Violence De La Belle Époque à Nos Jours, 2013, pp. 54-56.

[3] PERROT Michelle, « Dans le Paris de la Belle Époque, les « Apaches », premières bandes de jeunes », La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2007/1 (n° 67), p. 71-78.

[4] PECHARD Charles, « Le jiu-jitsu pratique : moyen de défense et d’attaque enseignant 100 moyens d’arrêter, immobiliser, terrasser, conduire ou emporter un malfaiteur, même armé / par Charles Péchard,… | Gallica », 1906, pp. 72-73.

[5] AMBROISE-RENDU, Anne-Claude, Crimes Et Délits : Une Histoire De La Violence De La Belle Époque à Nos Jours, 2013, pp. 69-71.

[6] DELUERMOZ, Quentin, “les brigades cyclistes”, Policiers dans la ville : La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914), Paris : Éditions de la Sorbonne, 2012.

[7] DELUERMOZ, Quentin, “les chiens de police”, Policiers dans la ville : La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914), Paris : Éditions de la Sorbonne, 2012.

[8] WINOCK Michel, « 9. Hors la loi », La Belle Époque, sous la direction de WINOCK Michel, Paris, Perrin, « Tempus », 2022, p. 205-221.

[9] AMBROISE-RENDU, Anne-Claude, Crimes Et Délits : Une Histoire De La Violence De La Belle Époque à Nos Jours, 2013, p.54.

[10] PERROT Michelle, « Dans le Paris de la Belle Époque, les « Apaches », premières bandes de jeunes », La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2007/1 (n° 67), p. 71-78.

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